Ce blog vient en complément du site du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] (www.collectifvan.org). Le Collectif VAN lutte contre le négationnisme d'Etat de la Turquie qui, 91 ans après les faits, refuse toujours de reconnaître le génocide arménien de 1915 et ses 1 500 000 victimes.

Friday, October 02, 2009

Arménie-Turquie: quel avenir?


Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L'association MEMORIAL 98 combat le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme. Elle anime un site qui est l'expression de ce combat contre tous les négationnismes (Arménie, Rwanda, Shoah...) et apporte régulièrement son soutien au Collectif VAN lors de la Journée Annuelle de Sensibilisation aux Génocides et à leur Déni que ce dernier organise depuis 2005, sur le Parvis de Notre-Dame de Paris. Dans le cadre des préoccupations communes qui lient les deux associations, le Collectif VAN a été sollicité pour commenter l'actualité arméno-turque sur le blog de nos amis de MEMORIAL 98 et nous les en remercions.




Légende photo : Carte des déportations des populations arméniennes de Turquie. En rouge, Césarée, actuelle Kayseri en Turquie, où le Président arménien Sarksyan devait initialement se rendre le 14 octobre 2009, pour assister au match retour de la Coupe du Monde de Football qui oppose les équipes des deux pays. Devant les menaces des nationalistes turcs, le match a été déplacé à Bursa.
Carte extraite du livre de Jean-Marie Carzou "Un génocide exemplaire, Arménie 1915" - Réédité chez Calmann Lévy (2006) - Précédente édition : Flammarion - Paris 1975.


Jeudi 24 septembre 2009

Copie de l'article en ligne sur le site de MEMORIAL 98 :

Répondant à notre sollicitation, nos amis du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] ont élaboré le texte ci-dessous que nous publions avec nos remerciements.
MEMORIAL 98

Jeudi 24 septembre 2009

Arménie/Turquie : le génocide, objet de marchandage ?

La République d’Arménie et la République de Turquie ont rendu publics le 31 août 2009, deux protocoles d’accord, portant sur l’établissement et le développement de relations diplomatiques entre elles. A priori, il y aurait tout lieu de se réjouir. Mais qu'en est-il en réalité ?

Les protocoles annoncés doivent encore faire l'objet d'un examen parlementaire dans les deux pays et être ratifiés au niveau national de part et d'autre avant le 13 octobre. S'ils entraient en vigueur, la volonté affichée de la Turquie, d'établir et de développer des relations diplomatiques avec l'Arménie, traduirait un changement majeur dans la politique d'Ankara à l'égard d'Erevan : la Turquie serait donc prête à mettre fin au blocus illégal qu'elle exerce à l'encontre de l'Arménie depuis 1993.

De même, en choisissant de « protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales », la Turquie, devrait, en toute logique, abroger l'article 301 du Code Pénal turc qui a permis de poursuivre nombre de citoyens turcs, intellectuels, artistes et journalistes, pour avoir évoqué le génocide arménien.
Invité fantôme des 2 protocoles, le génocide arménien, jamais nommé, est l'un des enjeux majeurs de ces accords.

Le génocide oublié

En 1915, un million et demi d'Arméniens, hommes, femmes, enfants, citoyens chrétiens de l'Empire ottoman, ont été exterminés sur ordre du gouvernement Jeune-Turc. Mais, pour ce qu'on appelle communément le « premier génocide du XXème siècle », nuls dédommagements, ni réparations : bien au contraire la Turquie pratique, depuis 94 ans, un implacable négationnisme d'Etat, socle de son identité et de son nationalisme.

Situées en Turquie, les 9/10ème des terres historiques arméniennes ont été vidées de leur population autochtone; plus de 2000 églises et monastères ont été laissés à l'abandon, rasés ou transformés en mosquées. Les rescapés et leurs descendants, dispersés aux quatre coins du monde, ont fondé la diaspora, porteuse de la mémoire douloureuse du génocide et du combat pour sa reconnaissance, tandis que l'Arménie actuelle, située à la frontière Est de la Turquie, est restée muselée sous le joug soviétique de 1921 à 1991.

De quelle confiance parle-t-on ?

Les termes sibyllins de l'accord arméno-turc interpellent. En effet, la Turquie et l'Arménie conviennent, entre autres points :

• de « mettre en oeuvre dialogue de portée historique dans le but de rétablir la confiance mutuelle entre les deux nations.

• d'entreprendre « un examen scientifique impartial des dossiers et des archives historiques afin de définir les problèmes existants et de formuler des recommandations » ;

• « de la création d’une Commission intergouvernementale bilatérale qui doit comporter des sous-commissions distinctes pour la mise en oeuvre rapide des engagements mentionnés » dans les protocoles.

Les deux pays indiquent même que « Si nécessaire, des experts internationaux pourront participer aux sous-commissions. » et précisent plus loin « des experts Arméniens, Turcs, mais aussi Suisses et d’autres experts internationaux pourront s’associer ».

À ce stade, une première question se pose : peut-on 'rétablir’ une confiance qui n'a jamais existé auparavant ?[1]

Et ce lorsque l’on sait que, dès le 17 septembre, soit à peine 2 semaines après la signature des protocoles, le Premier ministre turc Erdogan est déjà revenu sur les termes des accords signés, en subordonnant l'ouverture de la frontière avec l'Arménie, à la résolution du conflit du Haut-Karabagh. Pourquoi la diplomatie turque se priverait-elle de ses moyens de pressions habituels ?

Il y a, de toutes les façons, fort à parier que ce serait la petite Arménie, plutôt que la puissante Turquie, qui serait critiquée de ne pas avoir ratifié des protocoles qui l’obligent – sans contrepartie – à toutes les capitulations.

Il suffit malheureusement de s’en référer au cas de Chypre, accusée unanimement de rejeter l'inacceptable plan Annan, pour s’en convaincre.

Un négationnisme d’Etat

S'il est souhaitable que des pays voisins entretiennent des relations pacifiées, un génocide ne peut être ramené à une simple question bilatérale entre l'Etat héritier des bourreaux et celui des victimes, ou du moins d'une partie des victimes car l'essentiel des descendants des rescapés vit, en fait, en diaspora et non en Arménie.

L'étude d'un génocide fait appel à des questions d'éthique, de justice, de morale : un génocide, quel qu'il soit, concerne l'humanité tout entière.

Et comment confier des recherches historiques à un Etat qui pratique un négationnisme offensif ? Envisagerait-on de laisser l’étude de la Shoah à un Ahmadinejad qui déclare ces jours-ci : "Si l'Holocauste a été un événement réel, pourquoi ne permettent-ils pas des recherches pour éclaircir les faits ?" ?
Par ailleurs, le génocide arménien a déjà été très largement étudié et documenté : il est reconnu dans le monde entier par des organisations internationales, des Etats, la communauté scientifique et même une partie émergente de la société civile turque.

Positivons : la mise en place de cette sous-commission historique a peut-être pour but de faire doucement admettre au peuple turc, élevé dans le déni depuis cinq générations, qu’il y a bien eu un génocide ?

Soit. Mais rien dans la politique récente de l'Etat turc ne vient corroborer cette hypothèse.

Ne serait-ce qu'en 2008 et 2009, les élèves de toutes les écoles primaires de Turquie ont été obligés de visionner en classe un DVD anti-arménien, raciste, haineux et négationniste, distribué par le Ministère turc de l'Education.

Les étudiants turcs engagés dans le programme européens Erasmus, les guides touristiques turcs, les Turcs de l'étranger revenus au pays pour effectuer un stage payant en lieu et place du service militaire, ont tous dû assister à des « sessions de formation » pour mieux apprendre à contester le génocide arménien, lors des discussions qu'ils seraient amenés à avoir dans leur pays d'accueil ou avec des touristes.

Dans le même esprit, l'Etat turc [2] fait traîner en longueur le procès des assassins de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie, abattu à Istanbul le 19 janvier 2007. La diplomatie turque déploie une énergie frénétique et des millions de dollars, pour empêcher la reconnaissance officielle du génocide arménien aux Etats-Unis et dans le monde entier ; à coup de pressions, corruptions, mensonges, chantages, elle influe sur des Etats tiers pour empêcher le vote de lois pénalisant le négationnisme.

Les représentations consulaires turques encouragent les manifestations négationnistes violentes des ultranationalistes « Loups-Gris » en Europe et aux USA. La Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan, menace régulièrement l'Arménie, pour son soutien à la volonté d'autodétermination des Arméniens du Haut-Karabagh [3].

Autre signe inquiétant : Ankara finance, dans les universités du monde entier, des chaires négationnistes, d'où seront - peut-être - issus les fameux « experts internationaux » chargés de « l'examen scientifique impartial des dossiers et des archives historiques »...

Comment ne pas penser à ce qu'écrivait l’historien Pierre Vidal-Naquet : « Les Turcs […] offrent l'exemple même d'une historiographie de la dénégation. Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde.

Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu'il est question du génocide des Juifs, bref un Faurisson d'État doublé d'un Faurisson international ».[4]

Va-t-on désormais ajouter : « Un Faurisson, membre de la Commission intergouvernementale bilatérale » ?

La marge de manoeuvre de l'Arménie

Alors pourquoi l'Arménie se prête-t-elle à ce qui pourrait être un jeu de dupes ? L'Arménie prendrait-elle le risque de mettre un coup de frein à la dynamique des reconnaissances du génocide arménien obtenues par la diaspora malgré les difficultés ?

Un fait est certain : elle a été amenée à signer – sous les pressions russe, américaine et européenne – ces protocoles par lesquels – s'ils étaient ratifiés - elle entérinerait les frontières délimitées par la Turquie et l'URSS en 1921, en abandonnant toute idée de réparations territoriales basées sur le seul traité qu'elle avait signé en tant qu’Etat indépendant en 1920, celui de Sèvres.

On est en tout cas bien loin de la déclaration d'indépendance de l'Arménie du 23 Août 1990, par laquelle l'Arménie se séparait de l'Union Soviétique et dont l'Article 11 stipulait : « La République d'Arménie tient à soutenir le devoir de réalisation de reconnaissance internationale du génocide arménien en 1915 en Turquie ottomane et en Arménie de l'Ouest ».[5]

Impossible néanmoins de s'interroger sur la position de l'Arménie sans avoir en mémoire le contexte récent de ce pays enclavé et pauvre.[6] Pour autant, s'il n'appartient pas à la diaspora de donner des leçons à une Arménie cherchant à assurer sa viabilité économique, géopolitique, militaire, énergétique[7], il lui est vital de faire entendre son point de vue.

Les Arméniens de la diaspora ne se résoudront pas à voir le génocide arménien et ses nécessaires réparations, réduits à un simple différend arméno-turc, objets de marchandage ou de coups de bluff entre deux Etats, avec la tacite approbation des grandes puissances.

Le négationnisme, exporté par la Turquie et auquel les descendants des rescapés sont confrontés, dans l'espace politique, dans la sphère économique, sur internet, dans les médias, chez les universitaires, dans la rue, nourrit à juste raison leur inquiétude. Ils sont voués à continuer ce combat, car le négationnisme de l'Etat turc, "c'est le double-meurtre" comme l'a si bien analysé Elie Wiesel [8].

Enfin, sur le plan moral et politique, s’impose une dérangeante réalité : en traitant avec autant de légèreté le génocide des Arméniens et les effets qu’il a entraînés, l'Arménie enterre ipso facto le génocide des Assyro-chaldéens-syriaques, exterminés en Turquie en même temps et dans les mêmes conditions que les Arméniens. La diaspora assyro-chaldéenne-syriaque ne dispose quant à elle d’aucun Etat, même faible ou enclavé, pouvant défendre sa mémoire et ses intérêts…

L'espoir venu d'ailleurs

Paradoxalement, c'est de Turquie que peut venir l'espoir que les protocoles Arménie/Turquie ne soient pas le prétexte à un enterrement de première classe pour la reconnaissance du génocide arménien et ses réparations.

Après plus de 90 ans de silence et de mensonges étatiques, de courageux intellectuels turcs, des militants des droits de l'homme commencent, malgré les risques, à briser le tabou du génocide arménien et à en faire un sujet de discussion dans la société civile turque. Plus encore, ils réclament que le gouvernement turc prenne ses responsabilités, reconnaisse les faits et envisage des réparations.

D'autres, moins sincères mais très médiatisés, ont pour but – comme le gouvernement turc – d'instaurer une fracture entre Arméniens de la diaspora qu’ils stigmatisent comme nationalistes parce que réclamant la reconnaissance d'un génocide et la République d'Arménie, plus encline, vu sa situation, à tempérer et négocier.

Il appartient à l'Union européenne et aux Etats-Unis de donner un message fort en soutenant l'intelligentsia turque qui s'engage clairement dans l'étude de son histoire falsifiée, et de demander à Ankara de mettre fin à son activité de propagande négationniste à l'intérieur de ses frontières comme à l'étranger. Ce faisant, les puissances occidentales favoriseraient la démocratisation de la Turquie dont profiteraient toutes ses minorités (kurde, alévie, arménienne, assyro-chaldéenne-syriaque, grecque, …) et au-delà les Turcs eux-mêmes. N'est-ce-pas là l'assurance d'une Europe élargie apaisée ?

Ces protocoles, qu'ils soient ou non ratifiés, posent finalement la question de la moralité en politique : les valeurs intangibles telle la reconnaissance d'un génocide, peuvent-elles faire l'objet d'un marchandage, d'un jeu de poker menteur, sans que l'humanité y perde son âme ? Et là, on est bien au-delà du simple débat sur la reconnaissance du génocide arménien et de la pénalisation de sa négation.


Issy-les-Moulineaux, le 24 septembre 2009

Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boite vocale : 09 50 72 33 46 - Email: contact@collectifvan.org - http://www.collectifvan.org


[1] La formulation « rétablir la confiance » n'est pas innocente: elle fait appel au mythe de la supposée fraternité séculaire entre Turcs et Arméniens (ou Turcs et Grecs). C'est un leitmotiv récurrent de la propagande gouvernementale turque tendant à masquer le fait qu'il y eut – dans l'Empire ottoman - des oppresseurs (Turcs) et des opprimés, citoyens (Arméniens entre autres) de seconde zone.

[2] En l'occurrence, « l'Etat profond » regroupant les réseaux militaires, paramilitaires, mafieux et islamistes qui cherche à masquer son implication dans l'assassinat de Hrant Dink.

[3] Un projet d'invasion de l'Arménie avait même été mis sur pied en 1992/93 : seules les interventions russe et américaine avaient arrêté l'agression turque.

[4] Citation complète de Pierre Vidal-Naquet dans Les assassins de la mémoire paru au Seuil en 1995 : « De toutes les historiographies, la pire est évidemment l'historiographie d'État, et les États admettent rarement le fait d'avoir été criminels. Le cas le plus douloureux peut-être est, dans ce domaine, le cas de l'historiographie turque du génocide arménien de 1915. […] Les Turcs […] offrent l'exemple même d'une historiographie de la dénégation. Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, Faurisson répondant dans la presse chaque fois qu'il est question du génocide des Juifs, bref un Faurisson d'État doublé d'un Faurisson international et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d'un mausolée solennel dans la capitale ».

[5] L'indépendance elle-même ne sera proclamée qu'à la suite du référendum du 21 septembre 1991.

[6]1988 : Un tremblement de terre ravage tout le Nord de l'Arménie et fait des dizaines de milliers de victimes ; la même année, l'Arménie accueille des dizaines de milliers de réfugiés arméniens d'Azerbaïdjan, fuyant les pogroms de Soumgaït et de Kirovabad. 1991 : la chute de l'URSS entraîne l'effondrement économique de la nouvelle république indépendante d'Arménie.

Via la République autonome arménienne du Haut-Karabagh, l'Arménie est en guerre contre l'Azerbaïdjan, avec pour conséquence jusqu'à ce jour, le blocus terrestre de la Turquie.

Le chômage et son corollaire l'émigration, le conflit russo-géorgien de l'été 2008 qui a privé l'Arménie de l'une de ses seules sources d'approvisionnement, les tensions actuelles avec la Géorgie concernant la province arménienne du Djavakh, tous ces éléments sont à prendre en compte dans l'analyse de la « capitulation sans conditions » de l'Arménie.

[7] Suite aux accords signés, le gazoduc Nabucco pourrait passer par le territoire arménien, alors que l'Azerbaïdjan et la Turquie manoeuvraient depuis des années pour écarter l'Arménie du tracé retenu.

[8] Last year, the Elie Wiesel Foundation for Humanity issued a letter condemning Armenian genocide denial that was signed by 53 Nobel laureates including Wiesel, the famous Holocaust survivor and political activist. Wiesel has repeatedly called Turkey's 90-year-old campaign to cover up the Armenian genocide a double killing, since it strives to kill the memory of the original atrocities.

Turkey Spends Millions to Cover Up Armenian Genocide

[9] Depuis avril 2005, le Collectif VAN organise chaque année sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, une Journée de Sensibilisation aux génocides et à leur déni, avec le soutien de nombreuses associations françaises et étrangères des Droits de l’Homme, dont Mémorial 98 et pour la première fois en 2009, l’Arche, SOS Racisme et l’Association des Droits de l’Homme de Turquie (IHD).

1915/2009 : « Le négationnisme ne connaît pas la crise »

Friday, April 17, 2009

1915/2009 : « Le négationnisme ne connaît pas la crise »





















Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - COMMUNIQUE DE PRESSE du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] - 16 avril 2009 – 19 :15


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Lancement « off » de la Saison de la Turquie en France
1915/2009 : « Le négationnisme ne connaît pas la crise »
Que fait l'Europe pour nous protéger ?


Le dimanche 26 avril 2009 de 10h à 20h, le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]* organise, sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, sa 5ème journée annuelle de sensibilisation aux génocides et à leur négation. Cinq nouveaux soutiens de marque s’associent cette année à cette manifestation : L'Arche [le mensuel du judaïsme français] ; l'Association des droits de l’Homme de Turquie [IHD] - association de Turquie qui cautionne avec courage et pour la première fois une association issue de la diaspora arménienne - ; l'Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque [IACS], SOS Racisme et l'UEJF. Ces associations rejoignent ainsi AIRCRIGE, le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda [CPCR], le Collectif Urgence Darfour, la Communauté Rwandaise de France [CRF], Ibuka France, Mémorial 98, le MPCT et Vigilance Soudan, associations déjà présentes lors de précédentes opérations* dédiées au génocide en cours au Darfour, à la Shoah, au génocide des Tutsi et au génocide des Arméniens.

Au total, 15 associations des droits de l'homme se mobilisent autour du Collectif VAN pour cette nouvelle action solidaire qui s'inscrit non seulement dans la perspective des prochaines élections européennes et des débats sur l'adhésion de la Turquie à l'U.E., mais aussi dans celle de la Saison de la Turquie en France [juillet 2009/mars 2010] : on a en effet tout lieu de penser que cette saison 'culturelle' passera sous silence le négationnisme d'Etat de la Turquie et le sort des minorités, victimes de génocides pluriels**.

L'exposition en plein air du Collectif VAN met en scène huit stèles géantes pour huit visages d’hommes, de femmes et d’enfants (turc, arménien, assyro-chaldéen-syriaque, kurde, etc.). Ces visages interpellent le public sur la réalité tragique des minorités : juifs, chrétiens (au moins 25% de la population de Turquie en 1914, 0,2% aujourd'hui), musulmans non turcs ou non sunnites (près de 43% de la population de Turquie dont les droits sont bafoués). Une neuvième stèle rend hommage au journaliste arménien de Turquie Hrant Dink, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Agos, assassiné le 19 janvier 2007 à Istanbul.

Par le biais de son action participative et citoyenne, le Collectif VAN révèle l’aggravation, en Turquie, d'un ultra-nationalisme soutenu par l’Etat profond, d'une arménophobie et d'un antisémitisme inquiétants, ainsi que les manquements à la démocratie et aux droits de l’homme malgré des réformes apparentes. Comme chaque année, le Collectif VAN invite le public à manifester sa solidarité aux victimes de génocides et de négationnisme en accrochant des visuels sur une structure dédiée.

A l'heure où la société civile turque s'interroge sur son histoire, où des intellectuels turcs sont menacés de mort pour avoir brisé le tabou d'une histoire officielle érigée en dogme, le Collectif VAN questionne l'Europe : que fait l'U.E. pour protéger les minorités de Turquie, empêcher la diffusion des thèses négationnistes et encourager l'évolution démocratique de la Turquie ? Occupation de Chypre, négation des génocides arménien, assyro-chaldéen et grec commis par l'Empire ottoman et la République turque**, soutien d'Ankara au président soudanais Omar El Béchir accusé de Crimes contre l'Humanité au Darfour : qui posera les limites ?


Dimanche 26 avril 2009 – de 10h à 20h – Parvis de Notre-Dame de Paris – Métro : Cité. Action menée sous l’égide du CCAF [Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France] dans le cadre des Commémorations du 94ème anniversaire du génocide arménien. Une Messe de Requiem en hommage aux 1 500 000 victimes arméniennes est célébrée le même jour à 16:00 en la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Contact presse : Nora Vias [06 19 19 86 34].

Pour la seconde année, des toiles originales réalisées par Marc Aram, Dibasar, Marguerite Mateossian, Laurent Nissou et Vatché, artistes-peintres de l'APAF [Association des Plasticiens Arméniens de France] sont exposées au recto des stèles : représentant d'immenses silhouettes d'hommes ou de femmes de 3 mètres de hauteur, elles ont vocation à rendre hommage aux victimes arméniennes, juives, tutsi et darfouries.

Séta Papazian, Présidente du Collectif VAN
[Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

Boîte vocale : 09 50 72 33 46 - contact@collectifvan.org -
www.collectifvan.org
Collectif VAN - BP 20083 - 92133 Issy-les-Moulineaux Cedex – France

* Créée le 8 mai 2004, l'association Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme], sise à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine [France], fête ses cinq années d'existence. Elle a réalisé plus de 40 actions de sensibilisation autour des génocides et de leur négation. Les opérations 2007 et 2008 sur le Parvis de Notre-Dame, intitulées respectivement 'D’un génocide à l’autre : 1915 mains pour le Darfour' et '1915/2008 : Les génocides vous regardent - Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris : un mur contre le déni' ont rencontré l'adhésion d'un public nombreux. Le site www.collectifvan.org attire jusqu'à 100 000 visiteurs/mois. Revue de presse gratuite sur demande.


**« Qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » s’exclame Hitler avant de mettre en œuvre la Shoah. C'est en s'intéressant au génocide arménien de 1915, puis à la Shoah, que Raphael Lemkin crée en 1943 le néologisme de génocide. 1,5 million de citoyens arméniens de l'Empire ottoman, 500 000 Assyro-chaldéen-syriaques et 350 000 Grecs sont exterminés en Turquie en 1915. D'abord instrumentalisés par le gouvernement Jeune-Turc pour exterminer les Arméniens, les Kurdes sont déportés en 1916 et périssent en masse. Les centaines de milliers de victimes kurdes sont désormais comptabilisées par l'historiographie négationniste de l'Etat turc comme victimes turques des Arméniens... Le génocide de 1915 a des précédents : en 1895/96, le sultan ottoman Abdül Hamid organise l'extermination de 300 000 Arméniens. Puis en 1909 à Adana (Turquie), 20 000 Arméniens sont massacrés. On commémore en 2009 le centenaire de ces massacres.


ACTION DU COLLECTIF VAN SOUTENUE
PAR LES 15 ASSOCIATIONS SUIVANTES :


Allemagne


AGA
[Working Group Recognition
Against genocide
for international understanding
Berlin - Allemagne]
www.aga-online.org

Association of opponents to genocides
[Verein der Völkermordgegner
Francfort sur le Main - Allemagne]
France

L'Arche
[Le mensuel du judaïsme français]

AIRCRIGE
[Association internationale
de recherche sur les crimes
contre l'humanité et les génocides]
aircrigeweb.free.fr

CPCR
[Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda]
www.collectifpartiescivilesrwanda.fr

CRF [Communauté Rwandaise de France]
communauterwandaisedefrance.wordpress.com

CUD [Collectif Urgence Darfour]
www.urgencedarfour.com

IACS[Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque]

Ibuka France
one.xthost.info/ibukafrance

MEMORIAL 98
memorial98.over-blog.com

MPCT
www.mpctasso.org

SOS Racisme
www.sos-racisme.org

UEJF [Union des Etudiants Juifs de France]
www.uejf.org

Vigilance Soudan
http://www.vigilsd.org/


Turquie

IHD
[Association des droits
de l’Homme de Turquie]
www.ihd.org.tr/english/

Action menée sous l’égide du CCAF [Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France]
http://www.ccaf.info/24avril2009.htm


RAPPEL : Une Messe de Requiem en hommage aux 1 500 000 victimes du génocide arménien est célébrée le même jour à 16:00 en la Cathédrale Notre-Dame de Paris.
http://www.notredamedeparis.fr/Divine-Liturgie-en-rite-armenien,799



Friday, March 13, 2009

Turquie : le pays des fous

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L’écrivain et journaliste turc Ahmet Altan nous a habitués à des articles courageux, lucides et limpides. L’article qu’il a signé dans Taraf le 19 février, et dont le Collectif VAN vous propose ici la traduction, ne déroge pas à la règle. L’intellectuel turc y décrit « Le pays des fous » (la Turquie) où les enseignants et l’Etat-Major élèvent une nouvelle génération de jeunes enfants, dans la haine de l’Arménien, avec la projection obligatoire du DVD raciste Sari Gelin, diffusé sur ordre de l’Etat-Major, dans toutes les écoles primaires de Turquie. Ahmet Altan, bien que sous le coup d’une inculpation au titre de l’Article 301 du Code pénal turc pour avoir affirmé l’existence du génocide arménien, enfonce le clou avec courage : « Tu assassines plus d’un million d’Arméniens, tu effaces les traces des Arméniens de l’Anatolie, tu spolies leurs biens et par-dessous tout, tu montres aux enfants des vidéos disant voilà ce que « les Arméniens nous ont fait ». Presque tous ceux qui vivent en dehors de Turquie connaissent les événements des Arméniens. Ils savent que les dirigeants du parti Union et Progrès ont pratiqué un génocide d’une façon délibéré. » Altan revient également sur un autre fait choquant et rappelle qu’à Kayseri, le président du syndicat des enseignants Eğitim-Sen, a fait distribuer du ‘helva’ en hommage à Hitler. Et Ahmet Altan de s’interroger sur l’avenir d’un pays qui confie l’éducation de ses enfants à des enseignants admirateurs de Hitler et à un Etat-Major raciste.


(Ahmet Altan) - 19.02.2009

Le pays des fous

A l’époque de l’Empire ottoman, les princes vivaient dans la crainte de se faire assassiner.

L’un d’entre eux avait même crié ‘Je ne veux pas de trône’ en pensant qu’il s’agissait d’un piège, lorsqu’on avait voulu le libérer de sa prison pour le mettre sur le trône à la place de son frère.

Parmi eux, il y en avait qui perdaient la raison.
Car le fait d’être obligé de vivre en pensant que toutes les personnes qui vous entourent sont des « ennemies » qu’elles vous surveillent, qu’elles se préparent à vous tuer, fait finalement perdre la raison.

Dans notre république, il n’y a pas de « princes ».
Nous, nous infligeons, à nos enfants et à nos jeunes, le traitement de princes enfermés dans des cages.
Nous leurs enseignons sans cesse que « ce monde est notre ennemi ». Nous les transformons ainsi en des êtres humains suspicieux, sans confiance, haïssant toute personne n’appartenant pas à leur race.

Et nous faisons cela au nom du « patriotisme ».
Vous n’ignorez pas le dernier scandale à l’ordre du jour, nommé « Sarı Gelin ».

Dans les écoles on a montré aux enfants des vidéos racontant ce que « Les Arméniens avaient fait aux Turcs ».
Un effort incroyable pour fabriquer une génération entière d’"Ennemis d’Arménien".

Tu assassines plus d’un million d’Arméniens, tu effaces les traces des Arméniens de l’Anatolie, tu spolies leurs biens et par-dessous tout, tu montres aux enfants des vidéos disant voilà ce que « les Arméniens nous ont fait ».

Presque tous ceux qui vivent en dehors de Turquie connaissent les événements des Arméniens.

Ils savent que les dirigeants du parti Union et Progrès ont pratiqué un génocide d’une façon délibéré.

Ils connaissent les souffrances endurées par les Arméniens.

Les Turcs sont les seuls à ne pas connaitre cette vérité.
Imaginez maintenant ce qu’ils vont ressentir, lorsque ces enfants, qui grandissent en apprenant
« Les Arméniens ont tué les Turcs », vont affronter la vérité connue et dite par le monde entier. Ils vont croire que le monde entier ment et que le monde entier est l’ennemi de leur race, en l’occurrence leur ennemi.

Nous éloignons ces enfants du reste du monde alors qu’ils sont encore si jeunes.

Nous coupons leur lien avec leur passé.
Nous dynamitons les ponts qui pourraient être construits entre nos jeunes et l’humanité entière, avant même qu’ils ne soient construits.

Ainsi nous les rendons fous en les élevant avec des mensonges, enfermés dans une cage fictive.
Il a été découvert que cette opération bizarroïde (Nota CVAN : la diffusion du DVD négationniste Sari Gelin) était l’œuvre de l’Etat-Major.

Le DVD intitulé "Sarı Gelin" a été distribué aux écoles par l’Etat-Major, et de plus sans prévenir le Ministère de l’Education Nationale.

Les généraux savent tout bien entendu, mieux que tout le monde : ils croient fermement que préparer une jeunesse haïssant le monde entier et ignorant les vérités, ne peut être que bénéfique pour l’avenir de la Turquie.

Ils déforment une génération selon leurs convictions.
Lorsque ces enfants seront des adultes, nous serons partis depuis longtemps.

Ils vont vivre dans un monde différent.
Dans un monde où toutes les vérités ressurgiront.
Et nous, nous allons leur laisser comme héritage, nos folies.

Est-ce que nous avons le droit de faire cela?
Non.

Mais l’Etat-Major ne se préoccupe pas de choses comme le droit, l’histoire, la vérité. Tout ce qui l’intéresse c’est l’image du ‘Jeune Turc’ qu’il a dans sa tête, et il essaye de faire coller tous les enfants à cette image.
Dieu soit loué, le scandale a éclaté et le Ministre de l’Education Nationale a déclaré avoir arrêté la diffusion de la vidéo dans les écoles (Nota CVAN : cette annonce n’a malheureusement pas été suivie d’effet).

Bien entendu, notre souci concernant l’éducation ne se limite pas à l’Etat-Major.
Il y a aussi nos enseignants.
A Kayseri, le président du syndicat des enseignants Eğitim-Sen, a fait distribuer du ‘helva’ pour « Hitler » (Nota CVAN : pour que l’âme de Hitler repose en paix).

Cet homme, admirateur de Hitler, se trouve à la tête d’un organisme d’enseignants.

Puisqu’il est le président, de nombreux enseignants soutenant cet homme, vivent dans notre pays.
Ces gens-là admirent Hitler.

Et ils enseignent aux enfants cette admiration, le racisme, le fascisme.

Dans quel pays du monde, peut-on trouver un semblable groupe d’enseignants admirateurs de Hitler ?

Dans quel pays du monde, laisse-t-on enseigner les gens qui vont aussi loin dans leur fascisme en allant jusqu’à l’admiration de Hitler ?

Dans quel pays du monde, peut-on confier l’éducation des enfants aux admirateurs de Hitler ?

Où peut-on tolérer que le fascisme pénètre l’éducation d’une façon aussi poignante ?

Regardez bien ces deux-là qui vont côte à côte.
L’Etat-Major et le groupe d’enseignants : ennemis des Arméniens, ils réunissent leurs forces et tentent de préparer une jeunesse raciste et admiratrice de Hitler.
Et s’ils arrivaient à leur but, que se passera-t-il ?

Dans trente ans, dans le monde de cette époque-là, comment vont vivre ces enfants ?

Comment ces enfants vont-ils gouverner ce pays avec leur "monde mental" ?

Chacun va devenir un prince fou.

Il va penser que tout le monde veut le faire assassiner.
Si le monde lui propose un trône, lui fait du bien, de crainte il va croire qu’il s’agit du mal, d’une menace et il va le refuser.

Dans une époque où la communication va à une telle vitesse, où la circulation est si développée, comment les enfants peuvent-ils vivre en ayant des idées si bizarres dans leur tête et avec de telles croyances ? Comment auront-ils la part de bonheur et de bien-être qu’ils méritent ?

Et maintenant, nous les condamnons à la solitude et au malheur. Quel que soit le résultat des élections municipales…(Nota CVAN : c’est l’actualité en Turquie, il y a bientôt les élections municipales). Qui que ce soit qui se trouve au pouvoir…

Aussi longtemps que nous rendrons nos enfants fous, ce pays ne peut pas avoir d’avenir…

Nous détruisons à la fois nos enfants et notre avenir.
Et on fait ceci au nom du ‘patriotisme et de l’identité turque’.

A mon avis, avant les enfants, nous devons éduquer nos généraux et nos enseignants. Nous devons leur expliquer que l’identité turque, et le fascisme ou le racisme, sont des choses bien distinctes. Dans le cas contraire, lorsque nos enfants vont devenir des adultes et vont voir le monde, ils vont hurler comme des fous « je ne veux pas de bonheur ».

(Ahmet Altan) - 19.02.2009

Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN - 11 mars 2009 - 10:36 - http://collectifvan.org/

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Wednesday, February 18, 2009

Turquie : pétition contre le DVD négationniste






















Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le site arménien de Turquie, HyeTert, a initié une campagne de signatures pour protester contre l’obligation faite aux enseignants, de diffuser à tous les élèves des écoles primaires de Turquie, un DVD négationniste, raciste et violemment anti-arménien. Ce DVD, financé par la Chambre de Commerce d’Ankara, est le même que celui inséré dans le Time Europe du 6 juin 2005 : il avait été, à l’époque, envoyé aux 494 000 abonnés du magazine Time dans toute l’Europe... Le DVD de 70 minutes contient 2 minutes sur le tourisme en Turquie et 68 minutes de négation du génocide des Arméniens. Les Arméniens y sont présentés comme des fascistes et des ennemis de la Turquie. Même si un certain nombre des signataires protestant contre la diffusion de ce DVD dans les écoles primaires turques, sont eux-mêmes des Turcs, on regrette qu’ils aient laissé l’initiative de cette pétition aux Arméniens de Turquie, déjà dans la ligne de mire des ultra-nationalistes turcs et de l’Etat. Le site turc Birgun se fait l’écho de cette campagne de protestation, tout en relayant dans son introduction, la rhétorique négationniste de l’Etat turc sur les « prétentions arméniennes au sujet des événements de 1915 »… Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article en turc publié sur le site Birgun le 15 février 2009.



CONTRE 'SARI GELİN' LA CAMPAGNE DE SIGNATURES

15 Février 2009 -13:42

Le DVD intitulé “Sarı Gelin - Ermeni Sorununun İç Yüzü Belgeseli” [Nota CVAN : Sari Gelin/le vrai visage de la question arménienne »] préparé par l’Etat Major, qui traite des prétentions arméniennes au sujet des événements de 1915, va être montré aux enfants des classes primaires. Pour arrêter cette action, une campagne de signatures a été initiée.

UN APPEL EST LANCE

La campagne de signatures où l’on trouve parmi les signataires des noms d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes comme Baskın Oran, Murat Bebiroğlu, Zeynep Tanbay et de nombreux citoyens arméniens, lance un appel au premier ministre Recep Tayyip Erdogan pour qu’il empêche la projection du DVD en question. Le contenu du texte souligne que ce DVD vise à accroître l’animosité envers les Arméniens et qu’il ne traite pas le sujet historique pour informer mais qu’il accentue plutôt les discours haineux, de violence et de discrimination.

Dans le texte, qui précise que ce DVD est préparé dans le seul but de prouver la culpabilité des Arméniens, on note ceci: « Nous ne comprenons pas en quoi cela peut être dans l’intérêt de l’Etat-Major d’introduire la haine et l’animosité envers les Arméniens dans les cerveaux de nos petits en se servant des ‘DVD’».

Si ce travail vise à convaincre les Etats du monde entier, ce DVD ne doit pas être montré en Turquie mais dans les autres pays. Si ce geste est une reprise pour contrer les Arméniens de la diaspora ou l’Etat d’Arménie juste avant le 24 Avril [Nota CVAN : date commémorative du génocide arménien de 1915], il est évident que cet acte va être plus néfaste que bénéfique. Par contre si le but est d’intimider et d’effrayer les Arméniens de Turquie ce ne sera pas un acte digne d’un Etat de droit. »

On peut participer à la campagne à l’adresse : info@hyetert.com

Özlem Zorcan
Ankara



Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN 17 février 2009 - 07:10 - http://collectifvan.org/

Article mis en ligne sur:

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Time Magazine distribue gratuitement le DVD "Le Génocide Arménien" de Laurence Jourdan

Monday, February 16, 2009

Négationnisme dans les écoles turques : protestation d’opposants turcs









Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Ali Ertem, président de l’Association des Opposants au Génocide (SKD), vient de rendre publique une déclaration adressée au gouvernement turc. L’opposant turc critique avec force la décision du ministère turc de l’Education nationale de rendre obligatoire la diffusion d’un DVD négationniste, raciste et violemment anti-arménien, dans toutes les écoles primaires de Turquie. Cette association basée à Frankfort (Allemagne), composée de membres originaires de Turquie, est la seule association turque, à notre connaissance, à s’être officiellement élevée à ce jour, contre les mesures discriminatoires et racistes mises en place par le gouvernement d’un pays qui se dit démocratique, et qui frappe à la porte de l’Europe. Des rumeurs font état d’une possible action pénale intentée en Turquie par des militants des Droits de l’Homme pour protester avec vigueur contre ce négationnisme éducatif qui vise à formater dans la haine des millions de jeunes enfants turcs. Par ailleurs, une lettre ouverte au Premier ministre turc Erdogan, a été mise en ligne par des Arméniens de Turquie. Cette lettre a été signée par 341 personnes dont des Turcs (parmi eux Baskin Oran, co-fondateur de la pétition d’excuses). La décision du ministère turc de l’Education nationale de diffuser un DVD négationniste n’est hélas pas une première, puisqu’en 2003 déjà, ce même ministère avait imposé dans toutes les écoles de Turquie, un concours récompensant la meilleure dissertation négationniste sur le thème : « Le prétendu génocide des Arméniens ».

Pour mémoire, l’actuel DVD diffusé dans les écoles primaires de Turquie est le même que celui inséré dans le Time Europe du 6 juin 2005 (June 6, 2005 / Vol. 165 No. 23) avec le chancelier Schroeder en couverture et qui avait été envoyé aux 494 000 abonnés du magazine Time dans toute l’Europe. Ce DVD gratuit de 70 minutes produit par la Chambre de commerce d'Ankara, contient 2 minutes sur le tourisme en Turquie et 68 minutes de négation du génocide des Arméniens. Les Arméniens y sont présentés comme des fascistes et des ennemis de la Turquie. A l’époque, suite aux actions de plusieurs associations arméniennes, le Time Magazine, édition européenne, avait édité à titre de réparation, dans son numéro du 12 février 2007, une annonce pleine-page sur le génocide arménien, et avait inséré le DVD en anglais et en français "Le Génocide Arménien" de Laurence Jourdan, comprenant également le bonus de l'interview de 46 minutes du Dr Yves Ternon, expert reconnu de l'histoire du génocide arménien. L'annonce et le DVD avaient été diffusés gratuitement par le Time Europe à 550 000 exemplaires.



Messieurs, n’abusez pas les enfants!


Le point où la négation est arrivée:

* La dernière solution trouvée : empoisonner les jeunes cerveaux par la haine, en forçant les enfants du primaire à la négation du génocide de 1915.

* Montrer le peuple arménien comme une cible à frapper, ce peuple arménien qui avait subi le génocide sur ces terres sous la domination turque. Les générations survivantes sont montrées au peuple turc comme une cible.

* Confirmer que la proposition de créer une commission d’historiens afin de comprendre la nature des événements de 1915, n’est autre qu’une manoeuvre pour faire perdre du temps à l’opinion publique nationale et internationale.

* Créer de nouvelles victimes parmi les descendants des survivants en falsifiant l’histoire et les vérités historiques.

* Mettre finalement en évidence qu’ils sont prêts à commettre toute sorte de crimes afin de maintenir ce pouvoir fondé sur des génocides, des exils et des assimilations forcées et défiant l’humanité!

L’utilisation de cet outil de propagande préparé pour la négation du génocide “Sarı Gelin/Ermeni Sorununun İç Yüzü” ” (Nota CVAN : Sari Gelin/le vrai visage de la question arménienne ») par le Ministère de l’Education Nationale de l’Etat de la République Turque (TC) et la diffusion de cette propagande dans les écoles primaires n’ont pas d’autre explication. On peut en déduire que les responsables ne deviennent pas plus raisonnables et qu’ils ne comprennent pas que l’arme qu’ils ont préparée pour la négation du génocide est en train de les frapper eux-mêmes. Alors qu’ils avaient déjà eu l’exemple du concours de dissertation sur la négation, organisé par l’ex ministre de l’Education nationale Hüseyin Çelik (Nota CVAN : en 2003, le ministère de l’Education nationale avait organisé dans les établissements scolaires de Turquie, un concours de dissertation sur le thème : « Le prétendu génocide des Arméniens »), ils n’arrivent pas en tirer la leçon. Il faut qu’ils s’enfoncent dans le bourbier du négationnisme raciste et qu’ils se ridiculisent devant l’opinion publique mondiale.

...

L’Etat n’a toujours pas pu s’expliquer, se justifier sur les méthodes criminelles utilisées pour faire diffuser ce produit de propagande en Europe par le magazine Time. Sinan Aygün, poursuivi dans le cadre des procès de la “Bande d’Ergenekon”, s’est venté d’avoir fait gober ce DVD aux responsables du Time comme étant un produit touristique... Lorsque les responsables du Time ont présenté leurs excuses pour ces DVD qui insultaient le peuple arménien, le président de la Chambre de commerce d’Ankara , Sinan Aygün, s’est moqué des responsables du Time en ces termes : "Ce n’est pas digne du magazine TİME. Nous avons marqué le but face au lobby arménien mais apparemment le gardien de but était le magazine TİME".

...

Il est évident que ce produit négationniste a été préparé par des mains et des organisations sanglantes. TSK-L’armée turque, les chambres de commerces, le JITEM – organisation de renseignement des gendarmes, les lobbies turcs, constituent des réseaux de malfaiteurs qui œuvrent pour la négation du génocide, pour l’oppression du peuple kurde, et utilisent la force pour imposer leur politique d’assimilation des minorités ethniques et religieuses. “Sarı Gelin/Ermeni Sorununun İç Yüzü” est préparé dans la cuisine de ces réseaux de criminels qui ont brulé vif les intellectuels alevis à Sivas, qui ont organisé des crimes de masses à Corum et à Maras, qui ont massacré les hommes d’affaires juifs, le prêtre catholique Santoro, Hrant Dink, les collaborateurs des Editions Zirve à Malatya et des milliers de personnes portées disparues.

Aujourd’hui, ils veulent apporter le négationnisme dans les rangs des écoles primaires. Les enfants, assoiffés de jeux et d’amour, seront remplis de haine, de préjugés et d’animosité contre les victimes du génocide. Ils veulent préparer de nouveaux candidats capables de tirer pour assassiner, capables de massacrer à coups de hache, capables d’organiser des attaques sanglantes contre des innocents en transformant les enfants des écoles primaires en ennemis des minorités ethniques. Il n’y a pas d’autre explication pour cette méthode, choisie afin de nier le crime de génocide commis contre l’humanité et la déformation de l’histoire ?

L’autre côté de la question concerne la situation des enfants d’origine ethnique non-turque qui seront obligés de regarder ce produit de propagande. On va leur montrer que leurs ancêtres étaient “des traitres et des ennemis des Turcs”. On va leur suggérer que leurs frères et leurs pères sont des dangers potentiels pour la république. Alors qu’ils ne peuvent même pas comprendre les vocabulaires de la terminologie négationniste tels que “prétendu génocide”, “déportation” et “conflit réciproque”, on va leur faire comprendre qu’ils sont des herbes néfastes essayant de survivre parmi “les enfants heureux de la patrie turque”. On va leur apprendre, qu’étant “des coupables potentiels”, ils doivent se soumettre aux insultes, aux provocations, aux paroles et actes, aux préjugés de leurs camarades. Ils vont blesser leurs petits cœurs si propres et naïfs, par des plaies ouvertes dans leur fierté humaine qui ne se refermeront jamais, durant toute leur vie.

L’Etat turc, en utilisant son ministère de l’Education nationale, met à l’ordre du jour une telle initiative contre l’humanité. Cette initiative ne peut être acceptée ni au nom du droit des enfants, ni au nom des droits de l’homme, ni par la conscience humaine. Cette initiative ne peut pas être l’œuvre d’un Etat fondé sur une juste légitimité.

Frankfurt, le 13 Février 2009

Verein der Völkermordgegner e.V. Frankfurt / Main
L’Association des Opposants du Génocide (SKD); Contact : Ali Ertem Tel.: 0049/69/5970813; E-Mail: skd@gmx.net


Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN - 16 février 2009 - 07:05 - http://collectifvan.org/

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Friday, February 13, 2009

Turquie : DVD négationniste obligatoire à l'école





















Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le site turc Birgun révèle que les enseignants des écoles primaires de Turquie sont actuellement obligés de diffuser un DVD négationniste, raciste et violemment anti-arménien à tous leurs jeunes élèves. Les professeurs doivent ensuite établir un rapport relatant leurs cours et les réactions des enfants. Ce DVD de 70 mn, haineux envers les Arméniens, produit par la Chambre de Commerce d'Ankara, avait fait scandale en 2005 quand il avait été envoyé gratuitement aux 494 000 abonnés du magazine Time dans toute l’Europe (N°June 6, 2005 / Vol. 165 No. 23). On peut aisément imaginer le désarroi des enseignants de la minorité arménienne d'Istanbul, obligés d'infliger ce documentaire insultant à leurs petits élèves, tout en sachant que dans le même temps les Arméniens sont stigmatisés comme "ennemis à abattre" dans toutes les écoles du pays. Ces faits gravissimes sont révélateurs du double langage permanent de l'Etat turc : le 22 janvier 2009, le Turkish Daily News annonçait en effet un changement en Turquie concernant l'enseignement du Génocide arménien (mot tabou et nié au niveau étatique) dans les écoles du pays. Le quotidien annonçait qu'il était désormais préconisé de ne pas utiliser dans les manuels scolaires turcs des termes niant de manière flagrante la réalité du génocide : "Les livres de classes ne se référeront plus aux "allégations sans fondement" ou au "soi-disant" génocide" avait rapporté le journal turc Hurriyet, mais se contenteront d’évoquer les faits sous l’appellation "d’évènements de 1915". Ca, c'était donc la version soft de l'histoire, telle que les dirigeants turcs voulaient la présenter à leurs interlocuteurs européens. Parce que la réalité est toute autre. Voici ce que financent les citoyens européens à travers les fonds colossaux accordés aux pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne. Une traduction d'un article en turc, proposée par le Collectif VAN.


Le devoir de l’Education nationale n’est pas de générer de l'animosité


11:55 11 Fevrier 2009

Birgun.net

ÖZLEM ZORCAN ANKARA

Les réactions contre la dernière démarche de l’Education Nationale Turque se poursuivent. L’Education Nationale Turque a diffusé aux écoles primaires un documentaire DVD sur les événements de 1915, intitulé “Sarı Gelin/Ermeni Sorununun İç Yüzü » « Sari Gelin/le vrai visage de la question arménienne » demandant aux écoles de rendre un rapport après l’avoir montré aux élèves du primaire.

Doçent Doktor Serdar Değirmencioğlu, expert en psychologie a dit “Malheureusement ce n’est pas une nouveauté. Un précédent exemple avait été préparé par les membres de la police au sujet du PKK, et des images horribles avaient été montrées dans les écoles. Des images de violence qui n’ont aucun respect pour les enfants et ne visent qu'à faire leur subir un lavage de cerveau, et ont pour conséquence la peur et l’insomnie pour les jeunes enfants ».

Degirmencioglu a précisé :

“Le message communiqué aux enfants est : les ‘Arméniens sont mauvais’. C’est un point de vue typiquement nationaliste. Avec ce genre de propagande, ils veulent orienter les enfants dans une direction bien précise. Le but est de produire de la haine contre un groupe ethnique. Le devoir du Ministère de l’Education Nationale n’est pas de générer de l'animosité. ”

Il accentue également le caractère militariste et chauvin de ce film documentaire : « On ne peut pas admettre que l’Etat-Major ou une autre institution puisse imposer une telle chose aux élèves ».

La discrimination s'est PRODUITE

Emrah Kırımsoy, expert en Services Sociaux a dit : “il est clairement prévisible que ce film documentaire va provoquer une discrimination ethnique, raciale et religieuse directe entre les enfants, cela va se transformer en un outil d’étiquetage réciproque” .

Association des Droits de l’Homme IHD : "C’est une vrai catastrophe"

Öztürk Türkdoğan, président de l’Association des Droits de l’Homme a dit : “la question arménienne est toujours un sujet de discussion. Il est impératif que la Turquie affronte les vérités. Un tel sujet de discussion doit être présenté aux enfants d’une façon objective ».

Le film documentaire en question avait déjà été distribué par le président de la Chambre de Commerce d’Ankara, Sinan Aygün, dans l’édition européenne du Time. Suite aux protestations des Arméniens, le Time avait présenté des excuses en disant : “Nous ne connaissions pas le contenu, nous regrettons, excusez-nous”.


Traduction du turc : S.C pour le Collectif VAN - 13 février 2009 - 08:25 - http://collectifvan.org/

Article mis en ligne sur:

Turquie : DVD négationniste obligatoire à l'école

Voir la vidéo


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http://www.sarigelinbelgeseli.com/

http://www.sarigelinbelgeseli.com/indexi.php

http://www.youtube.com/watch?v=hCmg7AdM1tU&eurl=http://www.taakc.org/videodocs/sgdoc.html

Turquie : les fantômes de l'Anatolie (III)






















Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la dernière partie de la traduction de l’article du Turc Tolga Eren, paru sur le site kurde Nasname. « Pouvons-nous laisser l'histoire aux historiens ? » s’interroge Tolga Eren en soulignant le caractère outrancièrement mensonger de l’histoire revisitée par l’Etat turc. « Combien de temps un pays fondé sur des mensonges peut-il exister ? Comment guérir de cette folie, de cette maladie mentale ? », de cette « schizophrénie paranoïaque » ? Tolga Eren souligne la continuité entre les responsables du génocide arménien de 1915, ces membres du Comité Union & Progrès qui « se sont fait une place parmi les cadres dirigeants de la jeune république (…) et se sont appropriés le crime » et la Turquie moderne de Mustapha Kemal, et il interroge : « D'après vous, pourquoi Atatürk a-t-il accordé des rentes aux familles des criminels du génocide arménien ? (…) Un génocide planifié jusqu'aux moindres détails et conduit par la main de l'Etat. Un crime contre l'humanité, organisé sous le couvert d'un déplacement de populations en prétextant la guerre. » L’auteur continue : « Une demande d’excuse ne sera jamais suffisante. Il en faut beaucoup plus. Mais d'abord, nous devons nous mettre à leur place. (…) La question n'est pas seulement une question de génocide, c'est le traumatisme de perdre les terres que tu as toujours appelées ta patrie ». On ne peut que saluer le courage de l’auteur de cet article. Des positions malheureusement encore bien minoritaires chez les intellectuels de Turquie. Un jour viendra peut-être…



Tolga Eren : Un fantôme se balade en Anatolie


D'accord. Alors, pourquoi l'Institut Turc d'Histoire essaye-t-il de lier la dynastie arménienne Gamsaragan, les fondateurs de la ville d'Ani, à la tribu Saka, une soi-disant branche des Turcs Oguz, les Kemer-Sakanlı - il est évident que c'est une histoire mensongère - on peut même se demander si les Kemer-Sakanlı étaient vraiment Turcs. Pourquoi le nom d'Ani devient-il 'ANI' ? (Nota CVAN : sans point sur le "i", 'ANI' signifie 'souvenir' en turc). N'est-ce pas un signe de faiblesse ? Pourquoi cet effort pour trouver un lien ? Est-on complexé par le fait que les Turcs soient venus en Anatolie plus tard ? Pourquoi dit-on que les églises arméniennes chrétiennes ont été construites par les Turcs ? Pourquoi Atatürk avait-il dit que « l'Anatolie était turque dans l'histoire, par conséquent elle est turque et restera toujours turque » ? Pourquoi avait-il ressenti le besoin de combler un manque, en falsifiant clairement l'histoire et avait-il essayé de lier les origines des civilisations grecque et égyptienne aux Turcs, voir même d'y voir l'origine de toutes les langues du monde ? Tous ces efforts pour justifier des origines avec des affabulations qui ne peuvent servir qu'à nous ridiculiser. Comment cela peut-il nous rendre crédibles ? Après tant de déformations et de manipulations, comment pouvons-nous respecter les thèses historiques des Turcs ? Comment pouvons-nous faire confiance à ces thèses ? En conclusion, comment pouvons-nous laisser l'histoire aux historiens ? Pourquoi, lors de son discours à Adana, Atatürk avait-il dit « les Arméniens n'ont aucun droit sur ces terres » ?

Ces terres peuvent-elles accepter tant de mensonges ? La vérité ne surgira-t-elle pas à un moment ou un autre? Pouvez-vous cacher la vérité ? Combien de temps un pays fondé sur des mensonges peut-il exister ? Combien de temps peut-il poursuivre son existence en dépit d'une grande injustice ? Sans cette confession, comment ce pays peut-il se purifier et trouver la sérénité ? Comment guérir de cette folie, de cette maladie mentale ? Je réponds : on ne peut pas. Il y a une expression « lorsque tu commences à te mentir à toi-même, tu entrebâilles la porte de la folie ».

Voici la folie que nous sommes en train de vivre. Ce qui perdure depuis 80 ans, et ce qui est devenu une schizophrénie paranoïaque, c'est l'état d'un pays qui regarde autour de lui avec suspicion, qui se sent encerclé, qui voit des ennemis partout, qui s'isole et se détache du monde entier, et qui n'arrive pas à devenir membre de la famille de l'humanité. La cause de tout cela est un crime contre l'humanité qui est ancré dans notre subconscient, qu'on n'arrive pas à affronter, qu'on évite d'affronter et qu'on repousse dans les profondeurs. Cela ressemble à la peur du voleur qui craint qu'un jour on ne lui enlève les biens qu'il a volés. D'ailleurs, ça s'est passé exactement comme cela lors de la formation de la République. Les notables, les Aga, les pachas et les membres du Comité Union et Progrès, ayant partagé le butin du pillage, ont participé à la défense de l'Anatolie et se sont fait une place parmi les cadres dirigeants de la jeune république. En faisant cela, ils se sont appropriés le crime. D'après vous, pourquoi Ataturk a-t-il accordé des rentes aux familles des criminels du génocide arménien, pourquoi leur a-t-il attribué les maisons restantes des Arméniens ?

Actuellement, les défenseurs de la thèse officielle s'attachent souvent à l'argument suivant : les Arméniens étaient minoritaires. Moi, je dis : « non, ils n'étaient pas minoritaires ». Malgré le fait que les Kurdes étaient éparpillés (d'une façon forcée) sur le territoire arménien, ils n'étaient pas minoritaires. Donnons l'explication suivante : on parle d'une population anatolienne, au début de la 1ère guerre mondiale, atteignant 10 millions de personnes. On peut affirmer que 1,5 million étaient des Arméniens, sans oublier de préciser que sur l'ensemble du territoire de l'Empire, ce chiffre était de 2 millions, dans la région de l'Egée 1,5 millions étaient Grecs et sur la côte de la mer Noire, il y avait 1 million de Grecs; quant aux Assyriens, on donne ces chiffres entre 500.000-700.000, au total il y avait près de 5 millions de chrétiens. Presque la moitié de la population anatolienne.

Qu'allait-il advenir alors de ces gens ? On pouvait très bien leur donner des droits nationaux, les regrouper dans une région, par exemple on pouvait donner aux Arméniens une sorte d'autonomie, regroupant les autres entités chrétiennes, grecques, assyriennes et autres, on aurait pu ainsi gagner ces nations. Ou bien une société démocratique multi-culturelle. Ce que je veux dire : en réalité, tout pouvait être résolu par la dialogue. Cette question a-t-elle jamais été posée avant d'emprunter le chemin de la violence? C'était exactement ce qu'il fallait faire en réalité. L'autre choix n'était par le choix naturel et les conséquences horribles ne pouvaient pas être évitées. Car vous détruisez le tissu naturel de l'Anatolie : cette approche en force ne pouvait être mise en œuvre que par le génocide, pas par un autre moyen.

Un génocide planifié jusqu'aux moindres détails et conduit par la main de l'Etat. Un crime contre l'humanité, organisé sous le couvert d'un déplacement de populations en prétextant la guerre. De plus, une opération concernant les Arméniens des régions n'ayant aucun rapport avec les fronts de guerre comme Edirne,Tekirdag, Canakkale, İzmit, Kütahya, Eskisehir, İzmir, etc.. Qu'est-il arrivé aux maquisards dans les montagnes ? Rien. Quels sont ceux qui ont été punis, qui ont été exilés sur les routes ? Les femmes, les enfants, les vieillards. Alors pourquoi ? Si on les avait laissés chez eux, que ce serait-il passé ? Rien.

L'objectif à atteindre était différent et tout était planifié pour leur départ sans retour. Les autres immigrés étaient installés aussitôt dans leurs maisons. On a visé à réduire leur nombre [le nombre des Arméniens] à une proportion raisonnable, à moins de 5%. Bahaeddin Şakir s'est déplacé en Anatolie pour donner personnellement des instructions, jusque dans les moindres recoins. Les hommes respectables et dignes qui ne souhaitaient pas participer à ce crime contre l'humanité ont été assassinés, d'ailleurs ils avaient dit [les Unionistes] que les défenseurs des Arméniens seraient pendus devant leur propre maison. De plus, ils ont lancé des fatwas disant que les biens des Arméniens étaient 'hallal' pour eux, incitant ainsi la population à y participer [au pillage].

Les troupes des Forces Spéciales - Teşkilatı Mahsusa – étaient placées le long de l'itinéraire, elles donnaient l'impression que les convois étaient attaqués par des bandits, tandis que les gendarmes n'intervenaient pas. Pour accomplir cette besogne, tous les criminels coupables de meurtres, de viols, ont été libérés des prisons et ont été obligés de se joindre au Teskilat-i Mahsusa. Les lits des fleuves, les pieds des falaises, les cavernes, les puits étaient remplis de cadavres d’innocents.

Le peuple [turc et kurde], sachant qu'ils [les Arméniens] allaient vers une mort certaine, attaquait ces groupes [d'Arméniens] comme des mouches se précipitant sur une goutte de miel, et les pillait, essayait de leur prendre tout ce qu'ils avaient : les pièces d'or qu'ils avaient cousues sur leurs vêtements, quelques pièces d'argent, des morceaux de pain sec, des vêtements, jusqu'à leurs chaussures.

Même un morceau de pain sec était de trop pour eux. Et les enfants ? C'était dommage, c'était un pêché, c'était une main d'œuvre, ça représentait un capital, ils les ont pris, ils les ont partagés entre eux (Nota CVAN : comme un butin). Et les belles femmes ? C'était vraiment dommage! Ils n'arrivaient pas à les départager ! Ne seraient-elles pas bien dans leurs petits harems ?

C'était une frénésie totale, tout le monde se précipitait sur ce butin, le butin du navire naufragé, ils saisissaient ce qu'ils pouvaient. Je me demande si, pour une nation, il y a une tragédie plus grande que celle-là ? Un peuple ne vit-il pas pour venger cela ? Il vit même jusqu'à l'éternité. En vérité, comme je dis toujours, une demande d’excuse ne sera jamais suffisante. Il en faut beaucoup plus, beaucoup plus. Tout ce que nous pouvons faire. Tout ce dont nous sommes capables. S'il le faut, il faut qu'on les porte sur nos têtes. Mais d'abord, nous devons nous mettre à leur place. Nous ne l'avons jamais vécu, nous ne connaissons pas ça car nous étions une société nomade, nous ne savons pas ce que veut dire rester à un endroit pendant 3000 ans, voici notre problème. Lorsqu'on va comprendre ceci, c’est-à-dire lorsqu'on va comprendre ce que signifie pour un peuple qui n'a pas connu d’autre patrie que ses terres, ce que signifie pour lui le fait de regarder de loin l’Ararat qu'il vénère, après avoir été chassé de sa patrie, à ce moment-là, tout va être résolu.

En fait, au bout de 500 ans, vous pouvez maintenant le comprendre. Imaginez par exemple que vous soyez chassés d'Istanbul, le peuple entier. Imaginez que vous soyez éparpillés partout dans le monde. Il n'y a pas de paysage plus magnifique que le Bosphore, que Bebek, Emirgan, Taksim, Kadikoy, Besiktas, Uskudar (Nota CVAN : les beaux quartiers d'Istanbul). Il ne reste plus que les souvenirs de cette ville, des transports en bateaux et des mouettes que vous nourrissiez avec des morceaux de simit (Nota CVAN : pain aux graines de sésame).

Les îles aux Princes, la tour de Kız Kulesi, les tablées de conversations avec des amis, face au Bosphore, autour du raki et du poisson, les jours où vous aviez nourri les pigeons sur la place d'Eminonu, le Grand Bazard, la mosquée de Sultanahmet, le palais de Topkapı, votre première entreprise à Mecidiyeköy, votre première maison à Aksaray, le parc où vous aviez emmené vos enfants, l'école primaire que vous avez fréquentée, la Colline de Camlica où vous aviez tenu la première fois par la main votre chérie, tout cela n'existe plus, Istanbul n'existe plus pour vous ! Et même si vous étiez partis au bout du monde, sans jamais pouvoir revenir, votre coeur est resté ici, votre chérie appartient à un autre, vous y pensez, vous pleurez, et vous mourrez avec ce pénible chagrin nostalgique.

Pensez-y une fois. Sentez-le. Lorsque vous allez le sentir, à l'instant même vous allez dire « tenez prenez tout, car vous les méritez davantage » mais lorsque vous direz cela, eux ne diront pas « oui, partez, allez-vous en, nous voulons tout » ; lorsque vous allez le dire, ils diront « non, ne partez nulle part, vivons ensemble en paix ». Je l'ai toujours dis, la question n'est pas seulement une question de génocide, c'est le traumatisme de perdre les terres que tu as toujours appelées ta patrie. Ce traumatisme ne peut être réparé en aucune circonstance mes amis !

Oui je demande pardon, je demande même pardon du fond de mes racines pour toute mon existence. Sur ces terres où je suis arrivé plus tard du Caucase en tant qu'immigré, je demande pardon au nom de mes ancêtres qui se sont installés dans leurs villages, je demande pardon parce qu'ils sont restés silencieux à leur départ, parce qu'ils ont récupéré leurs biens (Nota CVAN : le verbe 'konmak' utilisé fait allusion à un oiseau chasseur qui 'se perche' sur sa proie sans défense, sans fournir d'effort). Parce que ‘je suis descendu de la montagne et que j'ai chassé celui de la vigne’ (Nota CVAN : l'expression turque signifie dans ce contexte, ‘je suis un rustre qui a chassé le civilisé’). Parce qu’après leur départ, ces terres ont perdu leur âme et elles se désertifient de plus en plus. Pour cette géographie que nous ne nous efforçons même pas de connaître vraiment et sur laquelle nous plantons une culture factice et sans racines.

J'ai honte parce que j'ai fait exploser leurs églises, j'ai détruit leurs monastères, j'ai essayé d'effacer toute trace de leur existence, je ne connais même pas les racines des noms des villages, des districts, des villes, des montagnes, des fleuves qui portent toujours les traces, parce que j'ignore les mots arméniens entrés dans notre langue, les plats arméniens, les coutumes arméniennes entrées dans ma culture. J'ai honte parce que je suis étranger à ces terres à ce point-là, parce que je ne connais pas deux mots d'arménien, de grec et de kurde, parce que, eux, ils parlent ma langue. J'ai honte parce qu'en ce moment il n'existe pas un seul village arménien en Anatolie (on ne peut pas compter le village de Vakifli car jusqu'en 1939, il n'était pas à l’intérieur des frontières de la Turquie). Aujourd'hui 10% de la population d'Egypte est chrétienne, cela correspond à 7,5 millions de personnes, 10% de la population de Syrie est chrétienne et cela correspond à 2 millions de personnes, je demande pardon parce que le pourcentage de la population [chrétienne] dans ce pays [la Turquie] est de 0,01 et chaque jour nous faisons tout pour les faire fuir encore.

Le voila, un fantôme se balade en Anatolie et c'est le fantôme des innocents qui ont subi le génocide, c'est le cri de la majorité silencieuse de l'Anatolie. Ils ne sont pas seulement les ancêtres des Arméniens vivant en Arménie. Ce sont les Grecs, les Kurdes, les Assyriens, les Chaldéens, les Nestoriens, les Yezidis, les Alevis, ce sont les habitants de ces terres. En vérité, ils sont l'Anatolie. Et pour que ces âmes reposent en paix, je m'agenouille. Je présente mes excuses pour que la malédiction se lève, pour que ces terres retrouvent la sérénité et la paix. Je ne me contente pas de présenter des excuses, j'ouvre mes bras à ceux qui sont dispersés partout dans le monde mais qui n'ont d'autre patrie que l'Anatolie, aux vrais enfants de l'Anatolie, les Arméniens, les Grecs et les Assyriens et je les invite dans leur pays d'origine. Je leur dis "venez s'il vous plait", "Bienvenue dans votre pays d'origine ", revenez sur ces territoires vides, déserts, maudits, visités par des fantômes, pour que cette terre retrouve sa vitalité et son âme. Je fais cela au nom de l'humanité. J'en suis redevable. Car il faut plus que la demande d'excuses…

Tolga Eren

21 Décembre 2008

Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN - 22 janvier 2009 - 07:10 - http://collectifvan.org/

Article mis en ligne sur:

Turquie : les fantômes de l'Anatolie (III)

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Thursday, February 12, 2009

Turquie : les fantômes de l'Anatolie (II)












Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Après la première partie qui traitait du génocide des Arméniens, des dédommagements, des territoires symboliques que la Turquie devrait rendre aux Arméniens, de l'usurpation des biens des Arméniens, le Collectif VAN vous propose la traduction de la seconde partie de l'article de l'auteur turc Tolga Eren. Hormis quelques lignes où l'auteur cède (est-ce un calcul ?) à la rengaine de la haine supposée que les Arméniens vouent aux Turcs, cet article est proprement étonnant. Tolga Eren fustige ses compatriotes, les incite à regarder l'histoire en face. Et quelle histoire ! Il leur rappelle la présence trois fois millénaire des Arméniens sur les terres d'Anatolie, leur asservissement insupportable sous le joug turc, le désir légitime des Arméniens de vivre libres et égaux, la paranoïa des Turcs pour lesquels "Les Arabes sont des traîtres qui vous poignardent dans le dos, les Bulgares sont des traîtres, les Grecs sont des traîtres, les Yougoslaves, les Roumains, les Albanais, tous sont des traîtres. Les Arméniens, les Kurdes sont des traîtres." Et Tolga Eren interroge : "D'après vous, n'y a-t-il pas une erreur dans cette histoire ?".


Tolga Eren : Un fantôme se balade en Anatolie (II)


Les actes de révolte des personnes qui refusaient de faire leur service militaire ou de payer des impôts ou qui, pour des raisons diverses, devenaient des maquisards ou des 'Komitaci' - sachant que parmi ces rebelles, on peut trouver des Grecs, des Arméniens, des Kurdes, des Arnavout, des Bulgares, des Tcherkesses et même des Turcs - peuvent-ils être équivalents à un génocide, organisé par un Etat, perpétré contre ses propres citoyens par la force et les moyens d'un Etat ? (Nota CVAN : en turc le mot 'Komitaci', qui vient du mot 'comité' en français, est complètement détourné de son sens de l'époque et aujourd'hui, il est utilisé pour désigner les "traîtres" arméniens qui appartenaient aux partis arméniens Dachnag et Hentchag).

Sur ce point-là, la vérité est détournée, les Arméniens ont soi-disant créé des organisations révolutionnaires comme les Dachnag et les Hentchag en 1890, ces organisations semaient soi-disant la terreur dans le pays, ils ont même tenté un attentat contre le sultan. Dans les thèses turques, ces arguments sont largement utilisés. Allons, c'est une désinformation. Qui, à commencer par le Comité Union et Progrès, ne menait-il pas à l'époque, de combat contre Abdül Hamid ? Enver Pacha à sa tête, le Comité Union et Progrès ne s'était-il pas révolté et n'avait-il pas pris le maquis dans la clandestinité et ne tuait-il pas des pachas ottomans avec fracas ? Voire même n'avait-il pas fait alliance avec les Dachnags ? On peut donc poser la question suivante : puisque les Unionistes avaient fait alliance avec les Dachnags, pourquoi ce génocide ? Il faut justement poser cette question aux idéologues panturquistes-pantouranistes de l'Union et Progrès.

Avant tout, c'était une collaboration intéressée. Les Unionistes ont parfaitement utilisé l'extraordinaire organisation des Dachnags dans presque toutes les villes. Ils [les Unionistes] avaient déjà montré leurs vrais buts et leur soif de pouvoir et de domination lors des événements d'Adana en 1909. Malgré plusieurs causes de rupture, les Dachnags n'avaient toujours pas perdu espoir. Mais, après les pertes dans les Balkans, le projet de transformer l'Anatolie en 'pays des Turcs', de dégager des territoires pour les Turcs, était déjà en marche, et dans ce projet il n'y avait pas de place en Anatolie pour les chrétiens; ces parasites nuisibles devaient être écartés et le lien avec l'Asie Centrale devait être établi. Un Empire uniquement constitué de Turcs et de musulmans !

Ce problème ne pouvait-il pas être résolu ? Ne pouvaient-ils pas se mettre autour d'une table avec les Arméniens, ne pouvaient-ils pas leur donner un Etat autonome ? Que ce serait-il passé s'ils avaient fait un geste et reconnu ces territoires comme étant l'Arménie historique, tous ces massacres auraient-ils eu lieu ? Que ce serait-il passé, si dans cette région appelée « Armenia », les Arméniens, les Kurdes et les Turcs avaient vécu en paix ? Les musulmans n'auraient-ils pas eu toutes sortes de droits ? Bien sûr que si. Mais non, c'était une guerre de pouvoir et d'autorité et le pouvoir et l'autorité ne pouvaient en aucun cas être confiés aux chrétiens. Les Turcs ont toujours cette mentalité : si tu veux obtenir une chose, tu dois l'obtenir en versant ton sang. " La terre n'est une patrie que lorsqu'on meurt pour elle ". Sinon, je ne rends à personne son dû. Nous voilà : du sang et des larmes. Cela en valait-il vraiment la peine ?

Vous dites, pendant la guerre il y a eu autant de morts turcs, qui va s'excuser pour eux ? Pourquoi oubliez-vous que les Ottomans étaient du côté qui avait commencé la guerre et que pour leurs ambitions impérialistes, ils avaient attaqué directement la Russie ? Le fait que, durant la guerre, toutes les villes allemandes ont été bombardées au prix de l'élimination des civils, que lors du retrait des Allemands en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, les minorités allemandes ont souffert, les massacres affligés à ces personnes car ils étaient des collabos, leurs femmes violées par les soldats russes, est-ce que tout ceci constitue un obstacle à ce que l'Allemagne présente ses excuses ?

Vous dites, ceux qui ont commis les massacres de Khodjalou doivent présenter leurs excuses. D'accord, mais le fait qu'İsraël a commis des massacres en 82 à Sabra et Chatila a-t-il été un obstacle pour présenter des excuses aux juifs ? Ce que je veux dire : ce n'est un secret pour personne, qu'une partie des Arméniens est remplie de haine ou que s'ils peuvent inventer un virus, ils l'utiliseraient pour éliminer les Turcs. Ce qui est important, c'est de savoir comment une si grande haine s'est formée ? Et il faut poser la question suivante « Si on s'était excusé plus tôt, cette haine aurait-elle pris cette ampleur ? ».

Moi je dis que non, je suis persuadé que si tu avais ouvert tes bras et tu avais présenté tes excuses, malgré tant de haine, ils se seraient adoucis et ils auraient fait un pas vers toi. C'est la nature de l'homme. Une des raisons de leur haine est la conviction et le préjugé que les Turcs ne seront jamais dignes de cette maturité. Ils pensent que les Turcs sont des gens arrogants, têtus, pensant toujours avoir raison, une population expansionniste, despotique et oppressive. Et ils ont perdu tout espoir concernant les Turcs.

Un des arguments utilisés est le suivant : les minorités chrétiennes ont accueilli les occupants les bras ouverts et les ont accueillis avec des fleurs. Pourquoi ne l'auraient-ils pas fait ? Leurs frères chrétiens étaient venus les libérer de l'oppression, que vouliez-vous qu'ils fassent ? Réfléchissez un peu comment l'armée turque a été accueillie au Kosovo : comme une libératrice. Ou bien, si l'armée turque allait à Kirkuk, comment les Turkmènes l'auraient-ils accueillie ? Pourquoi pensez-vous toujours de votre point de vue ?

Aucune nation chrétienne n'envisage de vivre sous la domination d'un pouvoir musulman. Si ce pays avait réussi la réforme en 1908 et s'était démocratisé, croyez-vous que tout cela aurait eu lieu ? Alors que les musulmans n'ont jamais abandonné leur désir d'être le groupe dirigeant. Alors que les réformes imposées (Nota CVAN : par les grandes puissances de l'époque) n'ont jamais été autre chose que des formalités apparentes. Pour quelles raisons croyez-vous que les grands massacres d'Adana ont eu lieu ? Croyez-vous que les musulmans pouvaient admettre que les chrétiens aient les mêmes droits qu'eux et qu'ils marchent la tête haute ? (Nota CVAN : les chrétiens étant inférieurs aux musulmans-ümmet- et baissaient la tête lorsqu'ils les cotoyaient). Alors ? Ne disiez-vous pas que vous étiez des laïcs combattant la tyrannie ? Pourquoi, lorsqu'il s'agit des Arméniens, restez-vous insensibles face à cette formation oppressive, intégriste en Anatolie ? Où sont vos bruyantes réclamations contre les oppressions vécues dans vos quartiers ? (Nota CVAN : actuellement, dans les grande villes de Turquie, les laïcs subissent l'oppression des intégristes, il ne faut pas acheter d'alcool, les femmes doivent être voilées, les jeunes ne doivent pas flirter, etc… Il y a même des agressions, des jeunes ont été battus par les riverains car ils se promenaient main dans la main). Mettez-vous à la place d'un chrétien en Anatolie. Pensez que vous êtes humiliés par des injures telles que « Gavour » (Nota CVAN : chien d'infidèle).

Ce que vous voulez dire, c'est que lorsque Atatürk a soi-disant détruit ce système, c'était une révolution, mais que lorsque les Arméniens se sont révoltés contre ce système, qu'ils ont voulu tracer leur chemin et être autonomes, qu'ils ont voulu se libérer de l'Ottoman resté arriéré et se libérer de ce système arriéré, qu'ils ont voulu être le visage européen de l'Anatolie, lorsque les Arméniens ont donc voulu faire une révolution, ça c'était donc mal, c'est bien ça ? Encore deux poids, deux mesures. Les chrétiens et les musulmans n'ont jamais été égaux sur ces terres. Leur statut de « dhimmis » n'a jamais changé. Les injustices en Anatolie n'ont jamais été réparées. La domination et la tyrannie des aghas, des Pachas n'ont jamais cessé. Tu mets le couteau sur la gorge du chrétien et tu t'empares de ses biens, tu récoltes des taxes usurpées, tu demandes des tributs, ils le payent sans dire un mot et ils n'ont même pas le droit d'aller porter plainte au tribunal.

Saviez-vous qu'un musulman lorsqu'il achetait le bien d'un Arménien, il le payait s'il avait envie et ne le payait pas s'il n'avait pas envie ? Croyez-vous que tout était parfait ? Comment croyez-vous que le mouvement national arménien a vu jour ? N'était-il pas le combat d'une nation oppressée dans une atmosphère où même leurs témoignages n'étaient pas acceptés (Nota CVAN : dans un tribunal, un chrétien ne pouvait pas témoigner), où ils ne pouvaient même pas porter d'armes, où il leur était interdit de monter à cheval ? Et les réformes ? N'ont-elles pas été empêchées par le système d'oppression d'Abdül Hamid, le sultan panislamiste ? Les forces Hamidiye n'ont-elles pas obligé les villages à payer des tributs sans raison ? N'ont-elles pas usurpé les biens des villageois, n'ont-elles pas emmené de force les filles vers les montagnes ? Déjà dans les années 1890, 300.000 Arméniens n'ont-ils pas été massacrés ?

Les réformes de 1908 ont-elles été autre chose que des tromperies et des leurres ? Le Comité Union et Progrès n'a-t-il pas retardé sans cesse ses promesses mensongères ? Quelle nation pouvait-elle rester silencieuse face à tout cela ? Même s'il ne s'était rien passé, les nations n'ont-elles pas le droit de décider de leur destin ? Leur a-t-on jamais posé des questions ? Leurs exigences démocratiques ont-elles été satisfaites ? L'égalité a-t-elle jamais été instaurée? Dans un pays où régnait un monarque musulman, où les musulmans étaient des peuples supérieurs, comment pouvait-on parler d'égalité ? Sur un territoire multiculturel pouvait-il jamais y avoir un Premier ministre ou un Président chrétien ? Inutile de rappeler que de toute façon, il ne pouvait pas être roi.

Saviez-vous donc qu'il y avait des rois d'origine arménienne qui ont régné sur le trône de l'Empire Byzantin ? Chez ceux qui défendent la thèse officielle turque, on entend l'argument comme quoi lorsque les Turcs sont entrés en Anatolie, les Arméniens vivaient sous domination byzantine et que les terres d'Arménie ont été récupérées de Byzance. Et que, de plus, les Arméniens, sous domination byzantine, subissaient des oppressions religieuses : les Turcs étaient donc soi-disant des sauveurs. Dans ces conditions, les Arméniens ne doivent pas dire que les Turcs ont occupé leurs terres et ils ne doivent surtout pas se battre contre les Turcs pour leur indépendance car ils ont toujours été des esclaves et ils doivent le rester.

Une telle chose peut-elle être possible ? Une nation, même sous le joug des autres pendant plus de 1000 ans, ne se bat-elle pas contre l'asservissement ? Voulez-vous dire que les Turcs ne feraient pas ainsi ? Vous qui connaissez si bien 'l'indépendance nationale' pourquoi n'accordez-vous pas ce droit aux Arméniens ? Des valeurs comme le combat national et la liberté, deviennent donc des erreurs lorsque ce sont les autres qui les réclament ? Où est donc votre poète qui disait « la victoire ou la mort » ? Où est le droit des nations à décider de leur propre destin ? Quels sont ces doubles jeux ? Les Arabes sont des traîtres qui vous poignardent dans le dos, les Bulgares sont des traîtres, les Grecs sont des traîtres, les Yougoslaves, les Roumains, les Albanais, tous sont des traîtres ? Les Arméniens, les Kurdes sont des traîtres. D'après vous, n'y a-t-il pas une erreur dans cette histoire ?

Vous dites : les Arméniens vivaient relativement bien, ils étaient riches. Et alors ? Etait-ce leur faute s'ils étaient doués et réussissaient dans le secteur des services et de l'artisanat ? Si les Turcs ne choisissaient pas ces secteurs et préféraient la fonction publique et les postes de dirigeants, était-ce leur faute ? En fin de compte, ne vous êtes-vous pas emparés de tout ce qu'ils avaient ? Pensez-vous qu'ils ne savaient pas combien leur situation était précaire ? Et qu'un jour ils allaient donner tout ce qu'ils possédaient comme prix de leur liberté ? Car aucune richesse ne vaut la liberté.

Ayez pitié ! Soyez honnêtes. Quel que soit leur niveau de vie, (et en Anatolie, ils n'avaient pas le confort que vous prétendez : la pauvreté, l'ignorance, l'injustice n'avaient pas de limites, il était plutôt question d'une érosion, d'une disparition nationale), imaginez que les Turcs durant mille ans aient vécu sous mandat britannique et qu'ils y aient vécu relativement bien, ne se seraient-ils pas battu un jour pour leur liberté, n'auraient-ils pas eu ce type d'exigences ? Manquons-nous d'empathie à ce point-là ?

En outre, on oublie une chose. Même à l'époque de Byzance, l'Est de l'Anatolie est appelé "Armenia" et les rois d'Arménie, ou les principautés sous la protection byzantine, ont toujours eu un statut privilégié. C'est-à-dire, même sous domination byzantine, les rois arméniens ont continué à régner.

De toute façon, depuis l'Empire romain, l'Arménie était l'Etat rattaché Armenia. Malgré les conflits religieux, l'Arménie reste l'Arménie. Par exemple, suite aux attaques musulmanes croissantes, le roi du Vaspurakan, Sénékérim, avait déménagé son royaume à Sivas en accord avec l'Empereur byzantin. Ce qu'on peut en déduire : lorsque les Seldjoukides ont détruit Ani en n'en laissant aucune pierre l'une sur l'autre, elle était une ville arménienne. Ou bien lorsqu'ils ont pris le château fort de Malatya, c'était un lieu défendu par les Arméniens. Le peuple de Malatya était arménien : c'était la géographie de l'Arménie. C'est-à-dire, l'identité de ces terres était demeurée inchangée. Depuis Rome, ces terres étaient reconnues comme "Armenia", idem lors de l'occupation perse.

Lors de l'occupation arabe, la région s'appelait Ermeniyye. Si on fait un simple calcul, lorsque 66 ans après J.C, Tigrane le Grand a défendu le fort de Dikranakerd contre Rome, le pays d'Arménie existait et à cette époque-là, il n'y avait ni la nation allemande, ni la nation française, ni la nation anglaise et ni la nation turque sur la scène de l'Histoire. Ceux qui n'ont pas entendu les exigences nationales d'un peuple ayant un tel passé, ont commis une grave erreur, leur attitude est hypocrite, alors que l'on pouvait s'allier ce peuple en l'honorant, puisqu'il était le peuple fidèle, qu'il était le « Millet-i Sadıka » (Nota CVAN : titre donné au peuple arménien dans l'Empire ottoman : « la Nation fidèle »). En reconnaissant son identité nationale et en acceptant ses demandes démocratiques, on pouvait très bien se l'attacher, mais ça n'a pas été le choix. Pourquoi ? L'Ottoman qui avait reconnu le Kurdistan, le Lazistan, pour quelle raison n'avait-il pas reconnu les patries des chrétiens ? Cela veut-il dire qu'en vérité ce qu'on entendait par « fidèle », c'était « esclave », ils ont toujours été vus comme des esclaves et des serviteurs.

Les Arméniens se nomment eux-mêmes "Hay" et leurs pays "Hayasdan". En vérité, le mot Armenia, signifiant le haut pays, est son nom régional dérivé des mots assyriens Urartu, hébraïque Ararat, araméen Harminyap ou Harmeni. Et il n'y a aucun inconvénient à son utilisation pour désigner la région. Aujourd'hui il y a une région que nous appelons « Trakya ». Savez-vous d'où vient ce nom ? D'une tribu antique des Thraces. Si aujourd'hui nous pouvons sans aucune crainte nommer cette région Trakya, c'est parce que les Thraces n'existent plus et qu'ils ne peuvent plus réclamer de terres. Voici la seule et unique raison pour laquelle nous n'avons pas appelé cette région par son nom Armenia, durant les époques historiques. Nous en avons peur, nous nous en inquiétons. Alors qu'aujourd'hui l'Iran ne s'inquiète pas d'avoir une région qui s'appelle « Azerbaïdjan Ouest ».


Traduction du turc : S.C pour le Collectif VAN - 14 janvier 2009 - 07:20 - http://collectifvan.org/

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Turquie : les fantômes de l'Anatolie (II)

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